Journée autour de l’arbre indispensable au Bas Canlou
Samedi 21 avril 2012

Présents :

Abou Aboubakar, Bertrand Barbier-Thaly, Bernard Baudouin, Hervé Boivin, Pascal Brunard, Michèle Chapin, Jacq Diplaneu, Christine Diplaneu, Bernadette Ferré, Roland Gicquel, Philippe Halnaut, Guillaume Horbowa, Maryse Jaffré, Yves Lebouc, Michel Lemoine, Odette Lemoine, Ugo Lepere, Pascale Loget, Christophe Martins Marques, David Mogis, Jean-Yves Morel,  Aude Pelichet, Paul Peugeaud, Tony  Rinfray, Josselyne Theaudin, Yannick Robert, Julien Vidal.

Excusés (oublis possibles !): Loïc Berthelot, Philippe Bossard, Emmanuel Bouriau, Anne-Marie Girardeau, Gérard Huilery, Christian Grasland, Maxime Poupelin, Jean-Luc Toullec, Jean Pellois

Les participants se sont répartis le matin en 5 ateliers composés de profils variés (forestiers, naturalistes, charpentiers…) et ont planché sur une trame de questions ouvertes. Puis ils ont restitué leurs travaux l’après-midi. Le compte-rendu se veut une synthèse de ces travaux, exercice délicat qui ne peut rendre compte de l’ensemble des idées formulées.

1/ Quels objectifs à poursuivre dans le cadre d’un projet collectif ?

–          « remettre le paysage dans l’économie » : valoriser l’arbre du bocage à sa juste mesure (bois d’œuvre)

–          lutter contre les dérives du bois énergie (risque d’épuisement de la ressource, rétablir un équilibre entre la valorisation en bois d’œuvre et en bois énergie du bocage)

–          préserver et restaurer la biodiversité

–          protéger l’eau en quantité et en qualité

–          cultiver la valeur immatérielle de l’arbre du bocage (culture, paysage…)

Les objectifs cités sous-tendent un axe directeur de restauration du bocage, non seulement en linéaire, mais aussi en qualité (classes d’âge, essences, lien arbre/talus…), et en cultivant toutes les richesses du bocage (valeur immatérielle…).

2/ Quelles actions à mettre en place ?

Les participants ont réfléchi autour de propositions d’actions reparties selon 3 thèmes (connaissances, chantiers à mettre en œuvre, valorisation économique).

 

 

2.1/ Connaissances

Les inventaires des haies sont une nécessité, à réaliser à l’échelle communale. Une méthode pourrait être proposée, à mettre en pratique par des intervenants ou associations locales qui pourraient bénéficier d’une formation au préalable. Au-delà du linéaire de bocage (cartographie), ses caractéristiques sont à décrire : essences…

Connaître pour former et informer : la sensibilisation des élus et agents communaux, associations locales, agriculteurs… pourrait passer par :

–          l’organisation de journées thématiques avec des démonstrations sur le terrain

–          l’utilisation de supports pédagogiques qui existent déjà (un préalable : recenser ces outils.  Sont cités le documentaire La magie des haies par Salangane, l’exposition sur le bocage de l’écomusée du Pays de Rennes.)

–          la réalisation d’un film (mettant l’accent sur tous les états de « l’arbre indispensable »)

–          la constitution d’un réseau de compétences techniques/économiques/culturelles (personnes capables de témoigner sur les différentes richesses de la haie) qui pourraient être mobilisées en fonction des thématiques

–          un travail avec les écoles professionnelles (yc agriculture) et les métiers de l’apprentissage.

Il y a urgence à collecter les savoirs « vernaculaires », les pratiques anciennes concernant la gestion du bocage et sa valorisation en bois d’œuvre (proposition d’une collecte orale), et à transmettre ces savoirs.

Il n’y a pas un bocage mais une diversité de bocages (essences, pratiques…) liée aux contextes des territoires. Cette diversité est une richesse qui tend à se perdre avec les nouvelles haies « standardisées ». En même temps, il est illusoire de conserver un bocage d’émondes généralisé, qui correspondait à des usages aujourd’hui révolus. Il est proposé de s’appuyer sur la connaissance du passé pour définir de nouvelles formes du bocage, également variées, mais adaptées à de nouveaux usages. Un réseau de sites « témoins » pourrait être constitué, un conservatoire du bocage intégrant à la fois les formes anciennes et nouvelles, associées à des fiches (connaissance, méthodes de gestion).

Les participants ont insisté sur la nécessité de s’appuyer sur ce qui existe déjà sans le réinventer, et sur les associations qui œuvrent déjà localement. Il faut également valoriser les bonnes pratiques (agriculteurs, collectivités…).

2.2/ Des chantiers à mettre en place

Les inventaires du bocage, souvent menés dans le cadre des PLU, sont à associer à l’élaboration de plans de gestion (haies + bosquets). En particulier, les haies communales ou de bord de route peuvent constituer un linéaire important sur lequel les leviers d’actions sont plus immédiats.

Un chantier expérimental pourrait être mis en place, mobilisant tous les maillons de la filière : détection des brins à prélever, analyse et mise en œuvre des moyens de renouvellement de la haie, prélèvement des brins, transformation… mise en valeur en bois d’œuvre. Ce chantier serait à médiatiser.

Une proposition a été faite de concevoir et réaliser une expérimentation de « remembrement inversé » sur une commune, en recréant un maillage bocager équilibré tout en restant compatible avec une agriculture moderne.

Une autre idée consiste à développer un vocabulaire lié à l’économie et aux métiers du bocage (recherche dans le vocabulaire ancien pour l’attacher à l’activité contemporaine ou création de mots nouveaux et explicites). Le vocabulaire spécifique est la marque des  nouvelles activités.

Il a été remonté un manque de connaissances sur le programme Breizh Bocage : ses objectifs, les territoires concernés et les avancées. Une journée publique d’informations serait bienvenue. Breizh bocage pourrait être mis à profit pour constituer un réseau de chantiers de démonstration.

2.3/ Valorisation économique

L’idée majeure est de reconstituer une filière bois d’œuvre à partir du bocage local. Il a été fait observer que les compétences et l’outillage existaient, mais qu’il fallait une volonté et se donner les moyens de relier les différents maillons. Pour ce faire, il faudrait constituer un réseau de référents pour ces différents maillons (animateurs de bocage, cultivateurs, bûcherons, débardeurs, scieurs, charpentiers, menuisiers, architectes…).

Toutefois, le maillon le plus « manquant » aujourd’hui est peut-être celui des scieries, puisque de nombreuses ont périclité au cours des dernières décennies. Au même titre qu’elles s’équipent de broyeuses pour la filière bois énergie, les GIE/CUMA ne pourraient-elles pas s’équiper pour scier ?

La mise en place d’une filière bois d’œuvre issu du bocage local nécessite l’existence de débouchés. Les réflexions suivantes sont apparues :

–          s’inscrire dans un principe de filière courte

–          produire des activités non délocalisables

–          s’inscrire dans un principe de filière certifiée depuis l’amont (cahier des charges garantissant la gestion durable du bocage), en allant jusqu’à un label « bois de bocage du pays »

–          utilisation en petite charpenterie (abris bus, abris de jardin…) et restauration de patrimoine, marché possible chez les particuliers

–          rendre visible l’existant à travers des exemples locaux (passerelles…) pour montrer que c’est possible, pas plus cher et reproductible notamment par les collectivités

–          mettre en avant les bonnes pratiques

–          introduction de la valeur carbone du bocage et de la haie.

Il faut aussi cultiver et faire reconnaître les spécificités du bois de bocage, ses caractéristiques (essences, conditions de croissance…) au regard de ses utilisations possibles. Les feuillus précieux, fruitiers sont une spécificité. L’Ille-et-Vilaine était parmi les 2 premiers départements français pour la production de merisier dans les années 60. L’arbre du bocage pourrait ainsi s’inscrire dans une complémentarité avec l’arbre de la forêt, de la même façon qu’il faut s’inscrire dans une complémentarité filière bois énergie (voire BRF)/bois d’œuvre.

La question de la rentabilité à court, moyen et long terme a été évoquée. La haie doit de nouveau donner une plus-value à la terre. Beaucoup de haies actuelles sont des « maisons de retraite », toutes les classes d’âge ne sont pas représentées. Il faut retrouver une « valeur constante » de la haie mais cela prendra du temps. Or la temporalité du cultivateur n’est pas celle de l’exploitant agricole…

3/ La forme collective la plus appropriée pour faire avancer ces sujets ?

La poursuite de la définition des objectifs et des moyens, à travers des actions conviviales (journée de l’arbre) avec découvertes, chantiers et fêtes, est largement reprise. La mise en réseau, la mutualisation des informations et des supports de sensibilisation aussi, personne ne souhaite travailler dans son coin.

3 pistes doivent être creusées :

–          Le regroupement en collectif : il existe beaucoup d’associations sur des sujets proches, parfois des associations très localisées et qui ont du mal à avancer, parfois plus larges sur l’environnement globalement, pas forcément centrées sur le bocage et l’aspect économique bois d’œuvre. On n’y trouve pas l’ensemble des acteurs, les professionnels du bois par exemple. La création d’un collectif suppose que le groupe constitué, justement se constitue pour faire valoir son sujet et dans la totalité : le bocage.

–          le rattachement à une fédération nationale (antenne locale, départementale ou régionale) type AFAHC ou Fédération Nationale de l’Environnement est largement souhaité avec l’idée qu’elle soit relativement neutre. Les participants ne souhaitent pas relayer les comités de défense (dont ils font souvent partie) mais bien proposer des actions aux collectivités, aux bénévoles et aux professionnels (approche constructive).

–          la création d’une association qui préciserait son domaine d’action, sur l’ensemble des états de « l’arbre indispensable ». Cette association se reliant aux associations, fédérations et structures existantes sans exclusive.

Jean-Yves Morel proposera de se retrouver en juin autour de démonstrations autour de la haie et du bois d’œuvre. Aude Pelichet et Pascale Loget sont chargées d’explorer les 3 pistes d’organisation pour avancer comme chacun dans l’assemblée.

Merci à Anne et Jean-Yves pour leur accueil…

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