Michel Lemoine dresse un comparatif sans concession des avantages d’une haie sur talus par rapport à une haie à plat…
Protection contre l’érosion…
« Une haie sans talus filtre (ralentit) le vent, mais bien moins qu’une haie sur talus avec laquelle le filtrage du vent est à son optimum. La haie et le talus créent un microclimat linéaire étroit, même si pour une raison ou une autre le bois est abattu. L’érosion éolienne est donc très ralentie. »

Protection de l’eau…
« Avec une haie sans talus, le ralentissement de l’érosion hydrique est nul. Il n’y a pas d’obstacle à l’écoulement de l’eau dans le sens de la pente. Avec une haie sur talus perpendiculaire à une pente, l’eau est stoppée dans sa descente vers le point le plus bas (ruisseau), s’accumule au pied du talus (sauf s’il y a une brèche ou barrière) et est invitée à s’infiltrer naturellement dans le sol au profit des sources et nappes. »

Biodiversité…
« Dans une haie à plat, les arbres plantés forment un milieu spécifique au milieu des champs. C’est là un enrichissement, mais il y a peu de différence entre la flore herbacée et celle des champs qui la borde. S’il y a une clôture pour protéger la haie, la flore va se différencier un peu, tout en restant banale. L’enrichissement de la faune est faible également. Seuls les plus communs des oiseaux et des insectes vont fréquenter la haie, sans oublier l’écureuil, ce qui est certes mieux que rien.
Sur talus, la biodiversité est maximale car, suivant la hauteur du talus, vont croître, en plus des arbres et arbustes mis en place, des plantes herbacées très diverses qui vont à leur tour servir de support de vie à une faune tout aussi diversifiée : insectes dont papillons et coléoptères, escargots, petits et moyens mammifères avec ou sans terriers (lapins, hérissons, muscardins aux grands yeux noirs…) sans oublier l’écureuil qui fréquente la frondaison. Les talus sont généralement trop étroits pour que blaireaux et renards y établissent domicile : ils préfèrent une rupture de pente bien drainée, un talus de chemin de fer… Les grenouilles sont également bien représentées: grenouille rousse, grenouille agile (rousse aussi de couleur). La rainette verte arboricole, petit bijou de beauté, va préférentiellement fréquenter les frondaisons des haies en talus, plus riches en nourriture (insectes, invertébrés…). La haie étant une forêt linéaire, on y retrouve des espèces forestières tant faunistiques que floristiques. En terre très acide, la myrtille est présente. Une haie « neuve » s’enrichit au fil des ans. Une haie à talus est pour la faune et la flore une route nationale et un chemin creux bordé par ses haies une autoroute. »

Croissance sur un sol difficile…

« Sans talus, si le sol est superficiel, c’est-à-dire si la profondeur explorable par les racines des arbres est très réduite (sol rocheux, noyé périodiquement, noyé en permanence ou stérile par lessivage), il va le rester et la croissance des arbres va être misérable, même si les cultures agricoles alentour ne font pas trop mauvaise mine. Les arbres sont susceptibles d’être renversés par le vent ou de mourir lors d’une sécheresse accentuée. Dans des conditions de sol difficile, le talus permet aux arbres une meilleure assises et stabilité, de pallier aux inconvénients d’une profondeur réduite en prospection. Les arbres peuvent vivre et croître normalement sur des sols difficiles (15 cm = sol superficiel ; 15 cm + 50 cm de talus = sol profond). Toutefois, sur sol lessivé à très faible profondeur (argile blanchâtre), le talus ne peut pas faire de miracle.

On est souvent ou parfois trompé avant d’installer une haie « neuve » par les apparences : l’herbe pousse bien, les céréales sont belles ; oui mais ces herbacées ne vivent qu’en surface. Leurs racines vont peu en profondeur, de plus elles sont gavées d’engrais et parfois arrosées. Pour les arbres, s’il n’y pas de profondeur accessible, la situation et l’avenir de la haie sont précaires. Le talus peut alors faire des miracles. Toutefois mieux vaut une haie sans talus que pas du tout.

Après avoir maîtrisé tant de paramètres, ne produire que du bois de chauffage serait aberrant alors qu’avec un peu d’attention et de technique on peut produire du bois d’œuvre de qualité sans trop d’efforts. Beaucoup d’interventions coulent de source après observation de l’évolution de la plantation. Les hauteurs ou longueurs de grumes sciables à la récolte seront légèrement inférieures à leurs sœurs forestières (grumes d’environ 4 m pour les cas difficiles, 6 m ou plus pour les autres). Il faudra donc travailler la haie dans cette perspective tout en y récoltant des produits intermédiaires en attendant : petit sciage, bois de feu, piquets, échalas (bois dits de service).

Pour le choix des essences à planter, il faut éventuellement se méfier des espèces qui drageonnent outrageusement comme l’épine noire ou l’acacia, avec lesquelles on peut se retrouver au bout de quelques années avec des drageons abondants à 10 ou 15 m de la haie. Le cerisier peut aussi (pas toujours) avoir cette tendance. L’absence de talus exacerbe ce phénomène.

Les arbres de haie n’ont pas de concurrence latérale dans l’air. Ils ne partagent avec les cultures alentour que la partie superficielle des sols et exploitent sans concurrence les parties les plus profondes. Aussi leur croissance est beaucoup plus rapide que leurs frères forestiers, sans compter qu’ils profitent des amendements et engrais destinés aux cultures.

Dans les baux anciens, les fermiers locataires étaient priés (une obligation stricte) de procéder tous les 7 ans (ou 9 ans selon les régions) à l’entretien des haies : élagage, récolte du bourrage, remodelage des talus (remonter les haies), récolte de bois d’œuvre pour réparation éventuelle des bâtiments (autosuffisance en bois pour rénover le bâti ou refaire du neuf). Il y avait à Brielles onze ouvriers à la scierie qui ne travaillaient que du bois de haie.

Pour aller vers des grumes de valeur, il faut périodiquement pratiquer une taille de formation pour éviter d’avoir un pied déformé. Il faut conserver coûte que coûte un axe principal qui reste vertical et supprimer tout ce qui est contraire à cette évolution. Agir à petites touches avec discernement, sans précipitation pour nos chênes indigènes, rouvre et pédonculé. Il y a des déformations qui se résorbent naturellement mais pas toujours. Pour avoir une bille sans nœuds il faut élaguer, c’est-à-dire couper à ras du tronc et systématiquement les branches basses pour avoir à terme une grume de qualité de 4 à 6 m voire plus. Là aussi avant d’atteindre la hauteur désirée ou le plus souvent possible, il est préférable de ne pas dépasser en élagage la moitié de la hauteur totale du plant : le risque de voir une explosion de gourmands (basses branches) sur tout le tronc est trop important. Il est évident que si l’on plante un saule, un noisetier, un sureau, on ne peut récolter que du bois de service et jamais une grume. Le bourrage est ce qui pousse entre les plants nobles qui sont les chênes rouvre et pédonculé, le hêtre, le châtaignier, le frêne, l’orme (hélas en voie de disparition en raison de la maladie de la graphiose)… Si les plants nobles sont serrés, cette disposition permet de faire des choix plus facilement car de toute façon il faudra en éliminer avant le terme. Certains d’entre eux servent alors de bourrage tout en étant maintenus avec un seul axe vertical alors que dans certaines plantations, les essences nobles sont partiellement recépées (coupées à ras du sol) pour servir de bourrage car ces tiges uniques coupées repartent en cépées (en touffes) obligeant leurs voisines à chercher la lumière plus haut. »

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