« Une journée, le samedi 20 Octobre fut l’occasion pour moi de faire participer des jeunes charpentiers logeant cet hiver à Rennes au siège de l’Association Ouvrière des Compagnons Du Devoir, à la réalisation au Bas Canlou d’une ferme sur poteau en  vieux bois… Guillaume Horbowa

Il a fallu, après avoir fait l’épure dans le pré, choisir les bois, les trier, les nettoyer. Et alors ils apparaissent peu à peu dans leur grand âge mais ragaillardis. Bien souvent, malgré leurs défauts extérieurs, d’excès de nœuds, gauchis, tordus,  d’arêtes très émoussées par l’aubier disparu, fentes importantes ; le cœur du bois pour le chêne particulièrement reste très bon, très dense, très solide et bien sec.

Chaque pièce de bois est à orienter selon sa forme, sa section. Le travail est intéressant. Ensuite vinrent les lignages préalables à la mise sur ligne.  La technique du piquage au fil à plomb fût nécessaire pour repérer les assemblages des bois superposés sur l’épure. Partie très délicate où l’attention du charpentier, son jugement des écarts et des alignements est de rigueur.

La taille après cette minutieuse opération fût presque le défouloir, malgré la constante vigilance. Les bois irréguliers rendent le taillage « chirurgical » et unique d’une pièce à l’autre. Partie très agréable ou les assemblages sortent de la matière. Les pièces de bois ainsi se façonnent ; elles appartiennent de plus en plus au monde des hommes, leur sort est décidé, intégré dans une construction. Nous assemblâmes ensuite les bois entre eux, préalablement percés pour les chevilles. L’exaltation est à son comble. Chaque cheville enfoncée, scelle un pacte secret, pas uniquement avec soi-même, mais avec le temps, avec la mémoire, avec le métier. Les réactions sont fortes, rentrées ou affirmées, réactions de fierté, de joie. Il ne restait enfin qu’à lever la charpente d’un effort commun. L’aboutissement, le trait d’union dressé entre le ciel et la terre. L’arbre reprend sa place.

Cette journée fut, sous l’œil bienveillant et l’encouragement de Jean-Yves, une réussite.  Les jeunes coteries ont exprimé leur plaisir à travailler des bois anciens, chose de plus en plus rare de nos jours. Ce savoir-faire était chose commune dans l’univers de la charpenterie avant le XXe siècle.

La plupart des charpentes en feuillus contenaient dans leur structure des bois courbés par nature ou volontairement.  Scié ou équarri suivant la forme de l’arbre, le fil du bois ainsi respecté offrait des pièces de bois harmonieuses et très solides.  Charme disparu aujourd’hui. Le besoin de rectitude à tous niveaux exclut les bois de haie ou de bocage, les sous catégorise, les déclasse, les méprise. Pourtant ces bois-là comportent beaucoup de qualités mécaniques qui en font dans leur diversité un excellent bois d’œuvre. L’arbre indispensable. »

Guillaume Horbowa

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