Je n’ai pas les yeux dans ma poche, même au volant ! L’absence d’éducation des arbres du bocage depuis un demi-siècle a fait son œuvre, si on peut dire et ce sont les rares sujets de qualité qui attirent le regard maintenant: le plus souvent, ce sont de très vieux chênes issus d’un travail de conduite très ancien. Chez les plus jeunes, la qualité est absente faute de soins prodigués. Quant au renouvellement naturel, il ne se fait plus sur les haies soit parce qu’on les laisse s’embroussailler, soit (et c’est le plus courant), parce que le talus est traité aux phytocides ou par brûlis, ce qui annihile toute possibilité de voir la régénération se produire alors que cette méthode donne une excellente dynamique d’émulation qui contribue à la qualité des sujets sans intervention en taille et très peu de suivi en élagage. Je ne comprends pas que ces techniques naturelles ne soient pas vulgarisées dans le monde rural qui polarise tous les investissements autour de plantations comportant des feuillus précieux qui, faute de suivi, ne donneront que du bois de feu (absurde). Il me semble quand même que Breizh Bocage a introduit dans ses aides, et ce n’est pas trop tôt, un volet « suivi des plantations ».

Sinon, on trouve quand même, mais de plus en plus rarement, de la sélection de rejets de châtaigniers dans les haies du nord 35, avec un peu d’élagage en parallèle, mais souvent à la serpe, ce qui n’est pas optimal. Il ne faut pas se leurrer, cette pratique est en train de disparaître avec les anciens qui s’y consacraient encore.

En fait, mon regard porte surtout sur les dépérissements à tous les stades des chênes pédonculés du bocage, dans l’Est breton : le phénomène est une combinaison entre leur mauvais état sanitaire (vétusté, maltraitance, délitement du talus, piétinement des animaux, sous-solage au ras des arbres…) et les conséquences des déficits de pluviométrie qui ont marqué les années 1976, 1989 à 1991, 2003 et 2010-2011. Beaucoup de sujets sont atteints de manière irréversible et vont mourir, même si le processus peut durer plusieurs décennies parfois.

Autre sujet (mais très lié), je note avec grand intérêt la sortie du plan de gestion du bocage, qui devrait être incontournable pour toute personne sollicitant des aides publiques à la plantation bocagère, et bien entendu sur l’ensemble des haies de l’exploitation agricole.

Je ne cesse de le répéter aux élus dès que j’en ai l’occasion, bien que la haie ne soit pas dans les missions du CRPF et ne ne donne guère de légitimité sur le sujet, sauf quand on nous le demande, ce qui arrive parfois comme à l’occasion de la parution du guide technique « entretien courant des haies et autres bordures de champ » que j’ai co-écrit à la demande de la Chambre régionale d’agriculture avec un petit groupe de travail.

Gilles Pichard

 

Publicités