Un texte d’actualité de Jean-Yves :

M. le Ministre de l’Intérieur a rendu visite aux sinistrés bretons et a vilipendé les services de l’Etat qui auraient commis une « erreur d’appréciation » en n’activant pas le niveau d’alerte rouge. Plusieurs élus lui emboîtent le pas.

C’est donc la faute des prévisionnistes.

Pourtant ce genre d’événements est de plus en plus prévisible. Grâce aux progrès techniques à venir des météorologistes et aux « démarches qualité » des services de prévision des crues, sûrement. Mais surtout grâce (ou plutôt à cause) de ce que l’on fait subir au circuit de l’eau.

Pollutions, inondations, sécheresses… sont souvent traitées séparément et au moment où les problèmes sont les plus visibles, alors que les causes sont amplifiées par le même phénomène et que les problèmes sont permanents. Ce phénomène, c’est l’artificialisation et la simplification du réseau hydrographique. On raccourcit le circuit de l’eau, on augmente la pente et la vitesse afin d’abaisser la zone saturée en eau. Cette simplification, complétée par un drainage, permet la mise  en culture de la moindre parcelle humide. Elle permet d’épandre du lisier, de semer tôt et de récolter tard dans la saison.

Le phénomène n’est pas prêt de s’arrêter avec l’augmentation du prix des céréales, mais aussi la destruction des haies qui rallongeaient le circuit de l’eau, diminuaient la pente et la vitesse mais aussi évitaient l’érosion des sols.

La dégradation des sols par perte de matière organique, le tassement des sols, la taille croissante des parcelles empêchent la pénétration de l’eau en profondeur. Elle ruisselle en surface, et même avec une faible pente elle  arrache les sédiments, entraîne les polluants. A la sortie des drains on peut trouver jusqu’à 400ml/l de nitrates.

Nouveau phénomène depuis quelques années, on détourne  les masses d’eau supérieures en supprimant les petits chevelus (naissance des ruisseaux) vers des fossés creusés dans les chemins et bords de route. Cette méthode permet de détourner l’eau des plateaux directement dans le réseau hydrographique sans passer par les zones humides, avec bien sûr comme conséquence une accélération des flux.

Comment s’étonner du raccourcissement des retours de crues, comme à Morlaix.

L’alerte n’a pas été donnée assez vite soi-disant (donc avec le même volume d’eau, l’eau est montée plus vite).

Les inventaires de zones humides et des petits cours d’eau sont largement incomplets.

Bon nombre de remèdes, c’est l’arbre qui est capable de les apporter. Il est l’élément fédérateur entre l’air, l’eau, les sols. Les racines éclatent la roche et permettent à l’eau de s’infiltrer en profondeur. Il freine le vent, son ombre garde la fraîcheur des sols.

En supprimant les arbres et les talus, on se prive de ces remèdes. Nos paysages de bocage en Bretagne ont perdu toute structure. Les arbres relictuels ou les haies replantées sans objectifs ne seraient bons qu’à « produire » du bois énergie.

Quelques avancées timides de régénération de nos paysages commencent à émerger mais tout à fait illusoires face aux intérêts d’un modèle pourtant à bout de souffle qui scie la branche sur laquelle il est assis.

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