Source : SCIC Bois Bocage Energie

Ce pourrait être le titre d’un nouvel épisode commentant le déclin inexorable de nos arbres champêtres. Episode que nous pensions éviter en créant une structure de territoire (la SCIC Bois Bocage Energie), associant de multiples acteurs, d’horizons variés, qui se sont mis autour d’une table pour un objectif commun : préserver le bocage par sa valorisation en une énergie locale et renouvelable. Mais d’autres en décident autrement : explications à travers la présentation de l’exemple suivant.
Il s’agit ici d’une reprise d’exploitation agricole (46 Ha dont 7 labourables) qui en effet, nécessitait quelques réaménagements parcellaires et l’entretien des haies (abattage des beaux sujets, sélection de jeunes arbres, limitation de l’emprise des branches sur les parcelles,…).
Mais pas comme cela ! (voir les photos)
Cela s’est transformé en un chantier de coupe de bois, avec un savoir faire discutable, sans éthique, sans logique d’exploitation, sans gestion durable.
Sur les 46 ha ; 6,5 km de haies très fournies ont été intégralement coupées avec des matériels spécialisés (Tête d’abattage). Le volume estimé est de 1000 Tonnes 1!!!, sûrement davantage… Pour une partie, ces arbres ne repousseront pas car il s’agit essentiellement de hêtres qui rejettent très difficilement de souche. Seuls, les noisetiers, frênes, aubépines et autres châtaigniers repartiront. Mais les souches éclatées nous laissent dubitatifs quant à leur devenir sanitaire. Ce bois vient d’être déchiqueté, puis transporté directement vers les chaufferies de la région ou d’ailleurs. Les pelleteuses ont pris la suite pour arracher une partie des 6,5 km. Cet exemple est à l’image de dizaines de chantiers en cours sur les communes voisines et bien au-delà, dans la région et toute la France.
Et ce n’est pas fini….

Les chantiers « clés en main » proposés par différentes sociétés se multiplient partout. On assiste même à une concurrence entre les sociétés, avec des commerciaux qui vont de ferme en ferme, proposer leurs sinistres services. Lors des derniers chantiers, les plaquettes partaient pour Rennes, pour Rouen, d’autres « vers Angers », « entre Nantes et Bordeaux ».
Jamais de destinations très précises, ce qui est encore plus inquiétant. On ne sait pas où le bois est transporté. Ceux qui le réceptionnent n’en connaissent pas la provenance !
Cette course au bois est un véritable fléau. Que va-t-il rester de nos bocages ? De nos bosquets ?
Et pour soit disant produire une énergie verte !
Et la filière commence à manquer de bois. Du coup, les importations de bois en provenance d’Amérique du Sud ou du Nord, de la Mer Baltique et d’ailleurs ont aussi commencé, sur les ports de Caen, Rouen, Nantes,…
Mais à quel prix ? Quelles conditions sociales ? Quelles éthiques environnementales ?
Quand on voit les comportements dans notre région, on est en droit de se demander ce qui se passe à l’autre bout de la planète ?
Or, le bois énergie pour demain ; ce sont des dizaines de chaudières comme Rennes et trop peu de petites chaufferies locales. (cf note de bas de page)

Alors quoi faire

A court terme

  • informer le grand public sur :
    • l’image faussée de cette énergie renouvelable, tant il est admis que se chauffer au bois est un véritable gage de respect de l’environnement. Certains le font bien, d’autre n’importe comment.
    • es pertes irréversibles engendrées par la disparition de ces arbres et de nos bocages ; sur la qualité de l’eau, la biodiversité, la lutte contre le réchauffement climatique, notre cadre de vie et j’en passe …
  • Alerter et faire remonter l’information concernant ces chantiers abusifs, afin de mesurer l’ampleur du phénomène au niveau national. Croiser les informations pour mieux identifier ces sociétés. Qui les missionne ? A qui vendent-elles le bois ? combien de kilomètres parcourus ? Le bois est-il rémunéré à sa juste valeur ? (notre structure : Bois Bocage Energie, a déjà fait les frais d’une de ces sociétés qui est depuis en liquidation et n’a pas payé une trentaine de structures).
  • Alerter sur les dérives actuelles de cette filière bois. Les scieries commencent à avoir des difficultés à s’approvisionner par effet de concurrence entre bois énergie et bois d’industrie, de l’augmentation des cours qu’elles ne peuvent plus suivre,…
  • Interpeller les élus (locaux, régionaux, nationaux, …) qui, pour la plupart, ne connaissent pas la mécanique qui se cache derrière la mise en place de leurs projets. Ils font confiance aux services ou aux grands opérateurs de l’énergie, mais c’est bien connu : « le diable est dans les détails »
  • Inviter l’ADEME et les représentants du ministère de l’environnement à se déplacer et prendre conscience des conséquences de l’absence de cahier des charges dans les appels à projets bois qu’ils financent.
  • Demander un moratoire sur la construction de nouvelles chaufferies (de fortes puissances), tant qu’un état des lieux très clair n’est pas fait sur les chaufferies actu

A moyen terme

  • En faire le support pour un changement de cap radical dans
    la gestion des haies, des boisements, des petits massifs, des taillis et l’approvisionnement des chaufferies
  • Pointer du doigt ces sociétés qui abusent et détruisent. Boycotter celles qui achètent le bois issu de pillage.
  • Réformer les critères des organismes de certification qui acceptent ces dérives (l’entreprise en question est labellisée PEFC)
  • Interpeller sur l’urgence de co-construire des Chartes (régionales, nationales) sur la gestion durable qui imposeraient aux fournisseurs de bois des pratiques faisant œuvre de déontologie.
  • Conditionner l’octroi des aides à l’investissement « chaufferies », à des achats de matières tracées ‘’durables’’ (cahier des charges pour les acheteurs publics)
  • Réorienter la politique « bois énergie » vers des projets plus modestes, plus efficaces sur l’éthique, le bilan carbone, la traçabilité de la ressource, la rémunération des acteurs…
  • Co-construire des outils enfin efficaces sur la préservation des bocages, alliant efficacité agricole et adaptation aux évolutions, par des plans de gestion ou des plans d’aménagement à l’échelle des communes et des exploitations.

Nous ne souhaitons pas faire l’apologie d’un modèle contre un autre, de solutions bonnes ou mauvaises. Nous souhaitons une véritable prise de conscience sur les dérives de cette filière qui s’est développée trop vite et de manière anarchique. A l’image de notre société aujourd’hui, qui faute d’anticipation et surtout d’écoute, pense faire bien en faisant mal.

Indignons nous ! Et reconstruisons ensemble un autre modèle.

Le Conseil d’administration de Bois Bocage Energie

Société Coopérative d’intérêt Collectif : Bois Bocage Energie

Place de l’église 61800 CHANU

1 1_apres 2 3 4 5 6 7a 7b 7c 7d 8 8b 9Tél. : 02 33 65 15 56 – Mail : secretariat@boisbocageenergie.fr – Site : http://www.boisbocageenergie.fr

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