« Jean-Yves Morel, peux-tu nous parler du sauvetage du Manoir de Vassé ?
– Le manoir de Vassé était situé sur la commune de Torcé en Ille et Vilaine, daté de 1520, malheureusement sur le tracé de la future ligne TGV. Le manoir n’était ni inscrit, ni classé, en mauvais état : la conservation n’était pas possible et il a été détruit. Les fouilles préventives du service de l’archéologie, à proximité et le service de l’Inventaire ont pu mettre en lumière de nombreux éléments cachés : cheminées, latrines et une fameuse charpente du XVIe !

Le manoir a été déconstruit ?
– Oui, nous avons été sollicités en urgence pour trouver en quelques heures des compagnons et une entreprise prête à intervenir au pied levé pour le sauvetage de la charpente. L’entreprise a montré une grande compétence en déposant d’un seul tenant les trois fermes de la charpente, sans casser un morceau ! Je n’ai été rassuré que lorsque j’ai vu la charpente arriver intacte au sol, démontée et chargée dans le camion, de belles émotions !

Tu as fait jouer tes réseaux …
– L’association L’Arbre Indispensable a joué un rôle modeste mais c’était « le maillon manquant » entre le travail des chercheurs (historique, plans, relevés, photos …), les entreprises et les collectivités. Cela a permis le sauvetage des bois et de la charpente du XVIe.

On peut dater ces éléments de patrimoine ?
– La datation des bois a été demandée à Dendrotech  qui nous a apporté des données précises avec 59 sondages, une datation en moyenne autour de 1520 et une charpente avec des chênes de 175 ans ! On peut ainsi dire que les arbres qui ont été utilisés, datent de l’an 1316 à l’an 1491 !

De nombreux sites pourraient faire l’objet de sauvetage d’urgence comme celui-ci. Que faudrait-il mettre en place pour que cela fonctionne mieux ?
– Pour Vassé, c’est une collaboration assez rare entre l’archéologie, le service de l’inventaire, la société Dentrotech, les compagnons. Cela aurait pu être mieux pour sauver les pierres …Cette expérience est tout à fait intéressante, il est possible de relier les compétences des entreprises de charpente et de déconstruction. Cela doit être reproduit. Notre réseau a bien fonctionné pour cette première phase, merci à Gérard Couet, Guillaume, Ludovic et les deux  stagiaires.Ce travail en amont nous apprend beaucoup sur les méthodes de construction et l’utilisation des bois, aussi bien les grosses pièces que le bois de brin (arbres de petites sections, sur les essences utilisées et de leurs provenances.

Aujourd’hui, quelles seront les usages de ces éléments de patrimoine ?
– Chaque élément pourra être réemployé en restauration du bâti ancien, mais la cerise sur le gâteau serait la réutilisation de la charpente dans une construction contemporaine pour laquelle notre association sera amenée à faire des propositions. Pourquoi pas une petite halle d’environ 12m sur 9m ? L’occasion de réutiliser cette magnifique charpente et de valoriser le savoir faire local. »

(photo Dendrotech)

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