Un cormier remarquable abattu en 1995

Un cormier remarquable identifié comme étant à conserver dans l’opération de remembrement d’Iffendic en 1995 avait été tout de même abattu. Il servait de semencier pour Vilmorin.

L’affaire avait fait grand bruit, et avait déclenché une série d’opérations pour la conservation de l’espèce en voie de disparition, des centaines de plantations et la distributions de milliers de graines sur plusieurs départements. La grume avait été finalement sauvée in extrémiste du bois de chauffage et utilisée pour des travaux d’ébénisterie d’art et de lutherie.

Un nouveau cas aujourd’hui

On nous a signalé sur la commune du verger le dépérissement d’un autre cormier remarquable classé lui aussi à l’inventaire des arbres remarquablres d’Ille et Vilaine.
Son dépérissement nous a un moment posé  problème car habituellement le cormier est  une espèce plutôt méditéranéenne (mais endémique chez nous) qui résiste très bien à la sécheresse.

Pourquoi ce dépérissement ?

Après une observation plus détaillée nous avons pu identifier la cause de son dépérissement récent. Il est du à un enchaînement de circonstances défavorables qui ont amené sa dégénérescence.
Tant que l’on a pratiqué l’émondage , ce cormier gardait son statut de dominant sur les chênes qui étaient émondés tous le 9 ans et donc contenus dans leur développement et classes d’âges par une exploitation régulière. Le cormier est un arbre que l’on trouve en isolé sur la haie, il a pu ainsi atteindre une taille importante de près de 20 mètres pour un volume estimé à plus de 2 m3 6,50m et une circonférence de 2,25 à 1,30 du sol.
Ces chênes non exploités depuis des décennies ont pris depuis une ampleur considérable en reconstituant une tête (pratique devenue courante dans le département).
D’un  statut de dominant le cormier est passé à celui de dominé.
Privé de lumière, d’eau , et des éléments nutritifs pour ses racines il a commencé un long dépérissement. Les sécheresses successives et les coups de vent ont encore compliqué les choses.
Il reste encore sur la haie un gros châtaignier de haut jet qui résiste, de nombreux rejets d’alisier torminal, du charme, du merisier, de l’aubépine mais qui ne pourront se développer par manque de lumière.
Le cycle de la régénération naturelle spontanée favorisé autre fois par l’émondage est interrompu. Même si nous sommes en face de ce que le commun des mortels peut appeler une belle haie, elle est en voie de  sénescence rapide avec une perte de biodiverité évidente.
La situation est la même pour la plupart des haies ce qui n’augure rien de bon pour le bocage et les fonctions qu’il rendait encore.
La belle venue de cet arbre classé au titre des arbres remarquables prouve bien la possibilité de produire du bois d’oeuvre de grande qualité sur la haie.
Mettre en concurrence commerciale la production du bois d’oeuvre avec celui de la forêt n’est que de courte vue. L’arbre importé d’un massif voisin ou de l’autre côté des océans,  ne produira jamais les services rendus pendant sa longue vie en portant des  tonnes de glands, de fruits, de châtaignes tout au long de sa vie. Restituant également 97% de l’ eau prélevée en vapeur d’eau. Sur place il aura aussi produit des tonnes d’oxygène, matière organique, éléments minéraux restituée indirectement par ses feuilles (1).
On ne va pas refaire de l’émondage qui n’a plus sont utilité mais cela implique de se poser la question de l’avenir du bocage. C’est ce que nous avons essayé de faire en soulevant le problème et en proposer des solutions au travers de  notre charte de l’Arbre Indispensable. Mais nous partons de très loin.
Puisse la mort de ce cormier aider à comprendre la gravité de la situation pour mettre en place rapidement des plans de gestion, Afin que nos paysages de bocage retrouvent toutes leurs fonctionnalités (culture et patrimoine, ressources et savoir faire, alimentaire et fruitière, pour les hommes, les animeaux, les insectes ; protéger l’eau, l’air, les sols et la biodiversité, lutter contre le réchauffement climatique).

JY Morel
(1) nous recommandons la lecture du livre de Bruno Sirven « Le génie de l’arbre » un livre à lire par tout personne s’intéressant aux arbres champêtres
Publicités