La charpente de Notre Dame de Paris vient de partir en fumée avec à chaque fois à la base des travaux de rénovation et d’entretien.

Les amoureux du bois mais surtout les charpentiers et tailleurs de pierre qui conservent les savoir faire et techniques de construction sont aujourd’hui orphelins par cet accident.

Participeront t’ils pleinement à la reconstruction de la « Forêt », rien n’est moins sûr?

Se pose le problème de la ressource disponible en bois et pierre de taille de la qualité.

Pour la pierre, quand on connaît l’exploitation des carrières, dont les gisements partent aussi en copeaux (il n’y a pas que le bois) pour fournir du granulat pour le béton, les routes et cimenteries.

Le peu de filons qui restent sont fissurés et inexploitables (même les carrières de Carrares sont concernées)

Ce sont les propos de Dominique Vermorel Tailleur de pierre à Rodez qui est obligé d’aller chercher de la pierre en Espagne pour ses chantiers de restauration de monuments historiques (la cathédrale de Rodez ) et d’ajouter à juste titre que la pierre n’est pas un matériau renouvelable comme le bois et que les matériaux de demain seront le bois et la terre.

C’est un bon argument pour rebâtir en bois cette charpente tout en faisant un état des lieux  et réflexions sur les méthodes d’exploration de nos forêts et dégradation de nos paysages  pour anticiper les effets du réchauffement climatique (l’arbre étant le principal levier  de lutte contre le réchauffement climatique)

 

Pour une reconstruction en bois il y a beaucoup d’incertitudes et des propos erronés qui sont avancés, encore faudrait il se pencher sur le sujet.

Des travaux récents de l’inventaire du patrimoine en Bretagne et le travail de thèse fourni de Corentin Olivier nous éclairent sur l’utilisation de nos arbres du bocage dans les charpentes gothiques en Bretagne de la même époque que la cathédrale de Paris

La charpente la plus ancienne en Bretagne serait celle de la commune de Langon daté de 1180.

La charpente de notre Dame de Paris était vraisemblablement d’après les spécialistes la plus ancienne charpente datée en France.

La partie du XIII siècle contenait en plus des éléments de l’ancienne charpente de la cathédrale St Etienne du VIII siècle

On parle aujourd’hui de la refaire dans les cinq ans?

Connaît on seulement la provenance des arbres qui avaient constitué cette forêt aérienne, tout porte à croire que ces arbres ne provenaient pas des  » forêts à côté » car les bois de charpentes demandent des qualités spécifiques de résistance que l’on retrouve surtout en milieu ouvert comme dans notre bocage en Bretagne.

En construction le transport des matériaux était la principale difficultés à résoudre et ce n’est pas un hasard si on retrouve les principales villes en France en bordure des fleuves.

Le bois de chauffage pour alimenter Paris arrivait par la Seine et il est évident que le bois d’œuvre pouvait suivre le même chemin en barge ou par flottage.

Il était finalement plus facile d’acheminer le bois par flottage sur des longues distance que de le prélever dans les forêts à côté.

La qualité des arbres utilisés pour la charpente de Notre dame de Paris serait identique à celle de la cathédrale de Rouen selon Corentin Olivier (de nouvelles techniques permettraient d’identifier formellement l’origine géographique de ces arbres).

Cette similitude ne peut s’expliquer que par le flottage des arbres qui pouvait se poursuivre jusqu’à Rouen.

Cette possibilité à sans doute été responsable d’une très grande déforestation en amont sur tous les fleuves.

Les éléments apportés en pièce jointe et en dessous par Corentin Olivier dans ses travaux de thèse sur les plus anciennes charpentes en Bretagne nous éclairent aussi sur les origines des arbres utilisés à leur réalisation

On retrouve en majorité des arbres du bocage dans les plus anciennes charpentes en Bretagne.

L’utilisation des arbres du bocage est également confirmée par des études récentes et des professionnels de la restauration dans la majorité des maisons à pans de bois des villes anciennes en Bretagne

Ces arbres possèdent des qualités spécifiques de résistance pour contenir les charges des cloches et contreventements dans les beffrois.

Un exemple particulier de leur résistance aux chocs est celui de l’utilisation de ces arbres d’émonde comme brise lames devant les remparts de St Malo.

On reconnaît ces bois à des cernes irréguliers liées à la pratique de l’émondage (en moyenne tous le neuf ans) dont on peut y lire assez souvent les périodes d’émondage

Au sciage on les reconnaît à la patte de chats, nœuds vivants jusqu’au cœur (le nœud mort est un défaut).

Sur le talus (haie plus fossé) il y avait aussi de « hauts fûts » sélectionnés pour des travaux de construction, menuiserie, tonnellerie.

Comme le signale Corentin on y trouvait des arbres de très belles venue comme le prouve ces sablières de quinze mètres de long que l’on retrouve aussi sur beaucoup granges et manoirs tels que le pont Jean à St Malon sur Mel ou comme panne faîtière au manoir de la Cloustière à Rennes Villejean (détruit).

On pourrait aussi se questionner sur l’origine des revenus qui permettaient la réalisation de ces monuments qui devaient être permanents au vu de la longueur des travaux.

Pour les cathédrales il semble qu’on retrouve ces édifices principalement à proximité des terres à blé. En Bretagne et les régions de bocage, les revenus étaient liés à la symbiose de l’arbre et de l’eau (moulins, forges, rouissage du lin, pêcheries)

Malheureusement nos paysages de bocage sont presque arrivés à un stade de non retour et on continue d’arracher des haies de brûler les arbres au pieds sans laisser mettre en lumière les jeunes pousse (comme dans notre société).

La charpente de notre Dame sera reconstruite en bois car c’est un matériau durable avec des opportunités de formations vers des métiers valorisants.

Cinquante charpentiers de nationalités différentes sont capables de monter ensemble une charpente ….en silence,

La parole pour le moment est plutôt inaudible et conflictuelle.

Notre association travaille à la protection et à la régénération du bocage avec en support une charte de l’arbre indispensable pour remettre en fonctionnalité nos paysages de bocage pour lutter contre les effets du réchauffement climatique.

En dessous le lien du film Toucher du bois, Repenser le bocage du réalisateur CH Beuchet réalisé en partenariat avec la chambre d’agriculture et un échange avec Corentin Olivier qui interviendra devant au colloque national des charpentiers qui se tiendra à Brest fin mai ou il sera bien sur question de la reconstruction de la charpente de ND de Paris mais aussi des autres monuments en péril.

liens:

Film: « Toucher du bois, repenser le bocage »

Charpentes Armoricaines, Charpentes méconnues

Archéologie des charpentes anciennes-mémoires 2016 – C Olivier

 

JY Morel président de l’association l’arbre indispensable